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Chapitre du GEM - Femmes et Vie Active
La société européenne de l'an 2000 ne ressemble plus beaucoup à
celle du siècle dernier.
Le redimensionnement européen, intervenu après la deuxième guerre
mondiale a donné naissance à une nouvelle forme de société européenne
dont les traits se sont féminisés.
En effet, c'est à cette époque que les femmes ont investi
massivement le monde du travail, et cela, de façon irréversible.
Il est remarquable de constater que les guerres contemporaines ont
eu pour conséquence de faire monter les femmes sur le créneau
économique.
Lors de la toute récente conférence de l'OCDE à Paris, des 29 et 30
novembre 2000 sur le thème de l'entreprenariat au féminin, de
nombreuses associations de femmes entrepreneurs des Balkans ont
témoigné de leur force d'initiative, d'innovation et de création liée
au contexte de guerre de leurs pays respectifs.
Ainsi ces femmes ont mis en place des systèmes de survie économique
qui laissent présager un développement local et durable.
Si la deuxième guerre mondiale a porté les femmes dans le monde du
travail, elle a conduit ainsi de ce fait à une mutation en profondeur
de la société.
Une philosophie nouvelle du travail, du temps, de la famille, de la
société tout entière s'est mise en route.
Dans l'entreprise bien sûr, qui a commencé à accueillir des femmes
mais aussi dans tous les domaines touchant à la condition des femmes :
leur vie, leur corps, leur maternité, leur vie de couple et leur vie
familiale.
Cette mutation a permis aux femmes d'accéder aux libertés, bien
après la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 :
- Liberté d'avoir des gains et salaires
- Liberté de s'exprimer politiquement
- Liberté de disposer de son corps
Ces libertés ont été acquises sur le mode de la revendication,
faisant des femmes des années 70 des féministes, tendance dont en
France, il est difficile de s'affranchir.
Les féministes du XXIeme siècle sont des femmes mais aussi des
hommes qui ne se situent plus dans la revendication mais dans la
révolution silencieuse qui a repris sa route il y a quelques années à
peine.
La "relève" associative par des groupes de jeunes femmes et
d'hommes est en train de s'organiser. En France, l'association Arborus
est une des pionnières qui s'est lancée la première dans cette volonté
de changement de la société à travers une vision plus féminine en
accord et en partenariat avec les hommes.
Aujourd'hui d'autres réseaux ont vu le jour et commencent à s'associer
pour mettre en place des actions de lobbying ciblées.
Un nouveau féminisme européen, prenant modèle sur les suédois et
les Suédoises est en train d'émerger.
En effet, les responsables politiques Suédois, femmes et hommes, le
proclament: les hommes comme les femmes doivent être des féministes et
le revendiquer sous cette forme, sous peine de ne pas être entendus et
de ne pas aboutir à l'égalité recherchée.
Les pays latins contrairement aux pays nordiques ne cultivent pas
la solidarité nécessaire à ce mouvement.
Cela est vrai d'une façon générale pour tous les secteurs d'activité
économique mais ce fait est ressenti de façon particulièrement cruelle
au sein de la population féminine.
Nombreuses sont les explications à ce phénomène : culturelles,
religieuses, familiales, le fait est, qu'en France, les solidarités
ont du mal à s'exercer, ce qui explique la lenteur de l'avancement de
l'égalité dans notre pays, mettant la France au dernier rang avec la
Grèce dans ce domaine.
Mais, les choses tendent à changer !
Sous l'impulsion positive de l'Europe, d'une part, qui offre des
exemples encourageants recueillis dans les pays du Nord, mais aussi
dans les pays du Sud qui sont parfois innovants dans ce domaine.
Grâce à la montée en puissance des femmes dans l'entreprise,
d'autre part.
Ces femmes managers ou chef d'entreprise se regroupent en réseaux ou
club pour partager leurs expériences, s'encourager dans leurs
entreprises et réfléchir sur les modalités de mise en place de la
parité dans tous les domaines.
Des réseaux de femmes chef d'entreprises dont un des plus récents et
actifs, tel que "Dirigeantes", tentent de constituer des maillages
entre TPE, PME françaises, européennes et francophones.
Des groupes plus informels, composés de femmess, expertes dans ces
questions, se constituent pour mettre en place des actions de lobbying
ciblées sur des priorités jugées urgentes.
Ailleurs en Europe, des réseaux similaires voient le jour: sur
l'innovation sociale par les femmes, sur l'économie solidaire, le
commerce équitable et éthique. Né d'un programme NOW, piloté par des
femmes entrepreneures, innovantes dans leurs méthodes et dans leurs
propositions, Feminnove.com fait partie de ce nouveau réseau européen.
Cette reconnaissance de réseaux de femmes nationaux, européens ou
internationaux, donne aux nouvelles formes d'organisation sociale
toute sa légitimité.
Les femmes ne sont plus marginalisées et montrées du doigt pour
"leurs revendications" qui deviennent celles de tous.
En effet, cette volonté de changement, de prise de pouvoir aussi
bien politique bien que marginal encore, mais surtout économique
correspond à une nécessité qui va bien au-delà de la mise en
conformité avec les principes de la démocratie.
Les femmes sont d'une part contraintes de travailler pour pouvoir
assumer leur liberté économique et ce faisant elles sont aussi
contraintes de laisser vacante leur place au sein de la famille
pendant leur temps de travail.
C'est au cœur de cette vacance, nouvelle, que la révolution féminine
se joue.
En effet, la famille est le tout premier lieu d'apprentissage, de
socialisation de l'individu et de repères.
C'est donc le premier lieu aussi où tous les modèles traditionnels
sont remis en cause.
Les schémas habituels sont bouleversés, progressivement nos systèmes
de valeur, de référence et de pensée sont modifiés.
Cette nouvelle place des femmes dans le monde du travail a entraîné
l'organisation d'un nouveau contrat social donnant lieu à de nouvelles
règles juridiques et à de nouvelles formes d'organisation en Europe.
Les rôles traditionnels ont été petit à petit, naturellement, remis
en cause.
La volonté du partage des tâches dans les couples ne cesse de croître.
Même si les rôles sont loin d'être divisés, on parle beaucoup de la
problématique de la conciliation entre la vie professionnelle et la
vie familiale, et on commence à s'interroger partout en Europe sur des
politiques organisées en matière d'égalité des chances.
Déjà de nombreux pays européens ont adopté des lois sur la parité
en politique, bientôt, les entreprises européennes sous l'effet de la
mondialisation et des politiques de "diversity" des sociétés mères
européennes et américaines seront contraintes de mettre en place des
programmes pour promouvoir les femmes dans la prise de décision
économique.
Ces questions sont devenues d'importance et font aujourd'hui partie
du "politiquement correct".
Il semblerait que l'un des derniers combats des associations
féminines de "l'ancienne génération" ait été celui de la parité en
politique, maintenant l'heure est venue à la prise en charge par le
monde économique de la suite des évènements.
Une loi devrait être votée, en France, dans le courant de l'année
2001 pour favoriser l'égalité professionnelle. Mais elle ne pourra
réellement être suivie d'effets que si cette égalité est présente dans
tous les pans de la vie des femmes et des hommes c'est-à-dire
notamment dans la gestions des temps : dans l'entreprise mais aussi en
dehors de l'entreprise et notamment dans la répartition des tâches
domestiques.
Pour renforcer les politiques d'égalité qui devront être mises en
place dans les années à venir, il faut parallèlement et simultanément
travailler au niveau valeurs éducatives et des modèles que l'on donne
aux enfants dès leur naissance.
Toutes les expertes en égalité et tous les experts sont d'accord
pour le dire c'est dans l'éducation que se situe la clé du succès.
Il semble à ce propos qu'une réflexion en profondeur sur cette
question apporterait des solutions plus globales aux problèmes aigus
que rencontrent aujourd'hui bon nombre de familles, dépassées par
l'éducation des jeunes enfants.
La famille, entendue dans toutes ses formes modernes, reste et
restera le premier modèle offert à l'enfant, futur citoyen. C'est sur
ce modèle premier qu'il convient d'agir et que la société européenne
pourra passer ou non le cap de la modernité.
Car si on veut contribuer à l'émancipation nécessaire des femmes
sur le plan économique social et politique, il convient d'abord de se
pencher sur la structure familiale et de rompre avec les schémas
ancestraux qui veulent que les femmes soient les seules habilitées à
prendre soin de l'éducation des enfants.
Ce faisant, les femmes entretiennent des sentiments profonds de
culpabilité que ne connaissent pas les hommes et qui constituent des
freins majeurs dans le développement de leurs carrières.
Ces freins, fruits de la tradition, ne pourront s'estomper qu'avec une
évolution des mentalités et des comportements de l'ensemble de la
société et une redéfinition de la fonction parentale.
Cette définition de la fonction des parents et des implications
futures sur leur (s) enfant(s) sont fondamentales pour l'évolution de
nos sociétés européennes.
Sans tomber dans l'extrémisme américain qui dissocie le lien
biologique du lien affectif, il est possible de trouver des moyens
permettant aux femmes en Europe de trouver leur place autrement que
dans l'absence.
Des structures de crèches et d'aides pour les jeunes enfants sont
déjà bien avancées dans la plupart des pays européens du nord (à
l'exception de l'Allemagne qui tente de combler cependant son retard)
et dans les pays dits "intermédiaires" comme la France ou le Benelux.
Cependant ces structures sont insuffisantes, ce sont les
comportements culturels qu'il convient de changer afin que nos
sociétés puissent s'enrichir des compétences spécifiques des femmes,
de leur capacité d'action et d'innovation.
Ainsi, nous voyons émerger une culture féminine européenne. La
possibilité d'échanger des informations sur les expériences positives
faites dans les divers pays européens, la levée de tabous, le
développement des réseaux européens de femmes permet de développer une
identité féminine qui vise d'une part à renforcer le sentiment de
force des femmes dans leurs convictions et d'autre part de création de
moyens de lobbying européen puissants.
Ainsi dans les tous derniers mois des réseaux de femmes
syndicalistes européennes se sont créés, ainsi que des nouveaux
réseaux de femmes chef d'entreprise ou managers.
Ces femmes ont pour mission de partager, d'échanger, de témoigner
et d'impulser dans leurs structures respectives des dispositifs visant
à améliorer leur sort mais aussi celui de l'ensemble des acteurs du
monde économique.
C'est tout un nouveau mode de management des entreprises et des
salariés qui est en train de voir le jour. Qui mieux que les femmes
pour se saisir de l'opportunité que les NTIC sont susceptibles de leur
offrir.
C'est grâce aux progrès techniques d'abord, puis technologiques
ensuite, que les femmes ont pu accéder aux métiers traditionnellement
masculins.
Les nouveaux modes de management mettant en évidence davantage
l'efficacité et la compétence que le "présenteïsme" et le faire
valoir, les femmes sont au moins sur un pied d'égalité dans la
nécessaire rentabilité exigée des salariés et des cadres.
Au-delà de la réorganisation du mode d'organisation des entreprises
et des structures, c'est sur la société tout entière que les jeunes
femmes européennes souhaitent pouvoir agir, entraînant avec elles les
hommes de leur génération.
Il s'agit là en effet, d'aspects générationnels.
Les nouvelles générations des 25/35 ans, femmes ou hommes
entraînent dans leur sillage des mutations sociales irréversibles.
Cette jeunesse qui croyait dans "touche pas à mon pote" à "SOS
racisme" qui milite contre le SIDA est une génération moins égoïste
que les précédentes, qui a soif de justice et de solidarité,
d'ouverture vers le monde et de solutions.
Finie l'ère du "tout entreprise", aujourd'hui même dans cette
nouvelle économie qui redonne un peu de souffle, les jeunes cadres ont
soif d'autre chose.
Même s'ils travaillent dur, ils restent lucides face à une économie
incertaine, prête à leur jouer un mauvais tour.
Cette génération de filles diplômées d'études supérieures,
raisonnables, qui ont envie de tout et surtout pas de n'importe quoi
n'est pas disposée à faire le sacrifice de leur vie, personnelle ou
familiale, pour un job.
Il faut garder raison, il faut savoir doser les temps de vie, les
efforts à fournir, et préserver la valeur qui revient en force, autour
de la famille.
Cette famille du XXIème siècle est différente, plus
restreinte et plus large à la fois. En perpétuelle évolution, où les
rôles des parents doivent encore prendre leur forme moderne, de
partage, d'échange, de relation équilibrée entre eux mais surtout avec
leur(s) enfant(s).
Ne pas tout sacrifier pour être ensemble, ne pas tout sacrifier
pour construire un projet multiple qui organise autour d'un axe fort
un travail et des loisirs.
Ce désengagement certain face à l'entreprise, a une contre partie :
ces jeunes générations qui ont soif d'Europe et de projets concrets
pour une société plus équilibrée entre les femmes et les hommes, entre
les races, entre les nationalités, entre les classes sociales, qui ne
souhaitent plus entendre les dirigeants européens et nationaux manier
cette fameuse langue de bois, s'engagent dans le militantisme libre ou
associatif.
Les engagements associatifs sont plus nombreux, la volonté de
participer à une cause humanitaire, écologique, sociale, devient
chaque jour plus prégnante.
Un renouveau politique à travers les mutations sociétales et
sociales est en route. Encore non exprimé, on le sent mûrir doucement
mais avec certitude.
Une nouvelle forme de militantisme citoyen et pacifique apparaît,
comme le boycott de certains produits ou de magasins non éthiques.
Cette "expression citoyenne"® se trouve renforcée par le
phénomène de l'Internet. Il devient possible de signer des pétitions à
distance, de s'exprimer sur de nombreux sujets en ligne, d'échanger
des informations sur des sujets d'actualité, de créer sans cesse des
nouveaux réseaux et groupes de réflexion, de ratifier des chartes ou
des manifestes.
Les femmes sont particulièrement friandes et habiles dans ces
techniques de communication : rapide et convivial, le net offre une
palette impressionnante de possibilités pour s'exprimer en toute
liberté.
Face à cette richesse nouvelle, d'approche des réalités, de
solutions pragmatiques, de volonté de paix et de stabilité, l'Europe a
plus que jamais des traits jeunes et féminins.
Cette féminisation dans les modes de management des entreprises, de
gestion de la chose publique, d'éthique sociale, ne cesse de croître
d'année en année, sous l'impulsion de la construction européenne.
Les révisions des Traités de Rome ont été une formidable occasion de
mobiliser les femmes pour faire apparaître le principe de l'égalité
des chances .
Plus récemment la Charte sur les Droits Fondamentaux a aussi permis
aux femmes d'Europe de se mobiliser pour défendre les principes
d'égalités entre les femmes et les hommes.
Nombreux sont les réseaux de solidarité entre l'UE et les pays de
l'Est ou du reste du monde pour lutter contre l'esclavage, la
prostitution, la pauvreté, la maladie dont les femmes sont les
premières victimes.
Sans tapages, mais avec détermination et force, les femmes militent
pour que notre Union soit réelle, fraternelle et proche des citoyens
qui la composent ; pour laisser à leurs enfants une Europe prospère
dans un monde acceptable.
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